Friday, October 12, 2018

Du haut de ses 34 ans, Krishna Mootien est un entrepreneur qui inspire déjà. Son entreprise Mayil Spices a connu une ascension fulgurante dans le secteur d’agro-alimentaires, un marché hyper compétitif. Loin de se contenter de ce succès, ce jeune entrepreneur croit fermement que la route est encore très longue

Vous êtes parmi les nominés du Tecoma Award, organisé par notre confrère L’Éco austral. Que signifie pour vous cette nomination ?
D’ abord, je me sens honoré en tant qu’entrepreneur et c’est aussi un signe non négligeable de reconnaissance pour l’ensemble du personnel de l’entreprise Mayil, et de l’effort consentit durant plus d’un quart de siècle. C’est avec beaucoup de fierté que je me retrouve aux côtés des entrepreneurs qui ont réussi dans leurs domaines respectifs. C’est un frottement qui me permet de grandir et de voir les choses différemment. J’en profite pour exprimer ma gratitude envers l’Éco austral et son partenaire AfrAsia pour cette initiative.

Que représente pour vous, Mayil Spices ?
C’est d’abord le poids d’une lourde responsabilité. Mais aussi la satisfaction de réaliser un rêve d’enfance. Celui de soulager le fardeau de mon père, de développer le patrimoine familial, de puiser dans nos richesses ancestrales, de combiner ce savoir avec les techniques modernes de gestion, de participer à la création de la valeur pour mon pays et, à travers ce travail, voir réussir la famille de tous nos employés.

Comment devient-on entrepreneur ?
Si j’avais une réponse précise à cette question, j’aurais déjà lancé une entreprise qui fabriquerait des entrepreneurs ou des élixirs (Rires). Honnêtement, je crois que c’est une conjugaison de plusieurs facteurs. D’abord, il y a la compétence, peut-être aussi que les chromosomes contribuent à cela, mais il y a surtout l’impact de l’environnement immédiat. C’est faux de dire ou de penser que l’entrepreneuriat est purement inné ou réservé à une élite de personnalités et à une lignée irremplaçable. On connaît d’ailleurs plusieurs entreprises, jadis prospères, opérant dans des secteurs activités porteurs qui ont dû mettre la clé sous le paillasson, parce que la relève n’a pas su acquérir les compétences nécessaires. Notamment un nouveau savoir-faire, très souvent technique, ainsi que les compétences en matière de gestion moderne. L’environnement immédiat est un facteur déterminant, car tout comme le fils d’un politicien sera, selon toute probabilité, politicien lui aussi, les enfants des entrepreneurs ont tendance à cultiver ce fibre d’entrepreneur. Cela est aussi vrai pour le fils qui veut devenir médecin comme son père, ou la fille qui veut devenir avocate comme sa mère. L’entrepreneuriat, c’est aussi savoir prendre des risques et en ce qui me concerne, le risque, c’est fait pour les Hommes

Mais quelles sont les compétences nécessaires pour réussir en tant qu’entrepreneur ?
Tout démarre à partir de l’ambition. Un entrepreneur doit être dynamique et habile. Il doit être discipliné, responsable pour assumer les conséquences de ses choix et faire preuve d’une grande clairvoyance dans ses prises de positions. Sans compter bien sûr que ses décisions doivent être réfléchies et exécutées au moment opportun. Un bon entrepreneur doit être capable de s’adapter aux différentes circonstances. La délégation, la répartition des tâches, les travaux prévisionnels et l’organisation du travail sont autant de missions complexes dont il doit pouvoir s’acquitter, tout en ayant un bon rapport relationnel. Ce sont ces compétences et capacités qui permettront à l’entrepreneur de concilier rêve et réalité.

En bref, la vie d’un entrepreneur est très épicée ?
Je ne vous le fais pas dire. C’est encore plus épicé quand vous êtes dans la production et la distribution d’épices pré-conditionnées et de produits agro-alimentaires prêts-à-l’emploi. Bien qu’on occupe une majeure partie du marché, pour y survivre cela requiert l’inaltérabilité, du caractère et de la persévérance. D’autre part, la gestion de sa propre entreprise prend une place importante dans la vie de l’entrepreneur. Il n’est pas si évident de ‘switch off’ comme le prescrivent certains gourous du management. J’essaie quand même de me fixer des règles pour parvenir à concilier l’entreprise avec ma vie privée. Il m’arrive de ne pas me rendre compte du temps colossal que je consacre à mon entreprise, mais mes proches, eux, le constatent et le subissent. Pour vous dire que la vie d’un entrepreneur est loin d’être un fleuve paisible.

Qu’en est-il de la délégation de la réalisation à des professionnels ?
La délégation est un concept qui dépend de la taille et la nature des entreprises. Certaines entreprises familiales devenues conglomérats peuvent évidemment se permettre ce genre de pratique. Mais une petite entreprise mono-sectorielle ne peut se permettre de déléguer l’ensemble de sa gestion. Certes, le travail du gestionnaire est différent et requiert des compétences, notamment dans les domaines technique, administratif, financier, juridique et autres, sans pour autant partager cette flamme qui anime l’entrepreneur qui est lui un créateur. L’histoire entrepreneuriale renferme plusieurs d’exemples des entreprises ayant fait faillite en raison de l’externalisation ou de délégation prématurée ou irréfléchie. Dans la plupart des cas, les gestionnaires se comportent comme des salariés sans partager les risques et l’engouement de l’entreprenariat. Il existe quand mêmes des exceptions où des sociétés ont su trouver de vrais professionnels qui arrivent à gérer l’entreprise tout en vivant la passion de l’entrepreneur. Mais ce n’est pas donné à tout le monde. Prenons le cas d’Apple. On peut répliquer les campagnes de communication hyper sophistiquées, mais ils n’arrivent pas à transmettre la simplicité et l’inspiration d’un Steve Jobs.

On connaît votre admiration pour la Malaisie. Que peut-on apprendre de ce pays devenu un des symboles de l’entreprenariat ?
J’ai été chanceux de pouvoir entreprendre mes études dans ce grand pays de l’Asie et ce que j’ai témoigné m’a beaucoup influencé, voire inspiré. Ce pays respire l’entrepreneuriat. C’est peut-être dû à sa position géographique, entourée qu’elle est par des peuples foncièrement dotés d’une culture entrepreneuriale qui est à la fois contagieuse et qui dégage cette obligation de s’adapter pour survivre. Je persiste à croire que l’approche politique et l’importance accordée à l’entrepreneuriat y est pour quelque chose dans la réussite économique de ce pays. Sans négliger pour autant sa masse critique locale qui est disproportionnée comparée à la nôtre et à l’importance accordée au R&D – Recherche et Développement.

Qu’en est-il de votre engagement social ?
Déjà, je considère Mayil Spcies comme une entreprise sociale. Je refuse de croire que l’engagement social est une procédure qui découle de la profitabilité de l’entreprise. L’engagement social d’une entreprise doit être intégré dans son vécu quotidien. A commencer par le bon traitement des employés qui sont les ambassadeurs de la marque et les garants des valeurs de l’entreprise. Hormis les structures mises en place pour assurer un travail décent et le respect des lois en vigueur, l’entreprise compte lancer très bientôt sa fondation qui sera gérée par des professionnels indépendants. Parmi les nombreux objectifs de cette fondation à venir, le soutien financier pour l’éducation des enfants de nos employés et un encadrement pour la formation entrepreneuriale des femmes figureront en très bonne place.

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