Friday, March 29, 2019

Difficile d’imaginer cette femme, qui ne fait pas dans la dentelle et fan de Mohamed Ali, soit une passionnée des lettres et des arts. Et pourtant, malgré son jeune âge, celle que certains chez Capital ont côtoyé, reste une femme qui se distingue par sa passion pour la littérature et sa profonde connaissance de la philosophie humaine. Rendez-vous avec Zaahirah Atchia, directrice générale de CHOQ-FM à Toronto

La vague de l’immigration s’abat sur plusieurs pays. Le Canada est-il toujours aussi accueillant envers les immigrants?

Sans tomber dans les amalgames et la généralisation, j’estime que le Canada est toujours aussi accueillant. Le gouvernement libéral réitère explicitement et régulièrement  sa volonté d’accueillir des réfugiés. D’ailleurs, un nombre record de 305,000 nouveaux résidents permanents est attendu cette année. Selon le plan d’immigration de 2016, la majorité de ces nouveaux arrivants sont des réfugiés ou des immigrants du programme de réunification familiale. Plus d’une centaine de milliers sont ciblées en vertu des programmes d’immigration économique. A noter qu’en juillet dernier, soit à l’aube du 150e anniversaire de la Fédération du Canada, les premiers ministres des provinces et territoires ont indiqué, à l’occasion du Conseil de la fédération, une volonté commune d’atteindre une cible de 5% en matière d’immigration francophone hors Québec, reconnaissant ainsi la pertinence de dynamiser la francophonie.

Expliquez-nous le choix de vous installer au Canada.

Je n’ai jamais été partisane du repli sur soi et de l’intériorité. Dans le monde contemporain, la vocation de réussir ne saurait trouver son expression si elle se laisse prendre au piège de la complaisance – un piège qui séduit dès lors que le succès professionnel et la reconnaissance sociale commencent à se manifester. Alors que les marchés, les fournisseurs, les marques et les clients se mondialisent, que les barrières de libre-échange tombent, que les emplois s’exportent, j’ai fait le choix de l’ouverture. Ce choix compose mon sens appartenance à ma patrie et mon ambition carriériste. Je choisis l’ile Maurice et le Canada, et je rejette la conjonction de coordination limitative ‘ou’ car pour moi le Canada n’est point une alternative mais un complément de mon identité socio- professionnelle.

Car vous saurez que l’ouverture des marchés entraîne des mouvances qui se répercutent sur les perspectives de carrière et d’affaires. Dans le contexte mondial actuel, une expérience internationale est indispensable : le recrutement n’a aucune frontière; les firmes traitent avec les gens de divers horizons; la seule maîtrise de la langue anglaise ne suffit plus à décrocher un emploi ou à entreprendre. Des aptitudes transnationales et donc interculturelles sont incontournables dans la conjoncture mondiale actuelle. Un sens d’ouverture est indispensable pour avancer.

Quels sont les défis auxquels ‘l’insulaire’ Mauricien peut s’attendre au Canada ?

Avant tout, disons-le clairement : je conçois ce pays comme une terre d’opportunité pour ceux et celles qui font preuve de versatilité, de ténacité et de persévérance. Notre bilinguisme est un atout sur le marché du travail. Toutefois, le bilinguisme dénué d’efforts d’intégration et d’adaptation n’est point un gage de succès ni au Canada ni ailleurs. Tout nouvel arrivant doit se rendre à l’évidence : l’intégration est un processus, pas un résultat ou un acquis. Ce conditionnement mental est impératif pour faire face aux défis d’intégration.

Je dirai ainsi que le premier défi d’un nouvel arrivant serait un déficit de préparation ou de connaissances pratiques. Il faut préciser que le gouvernement a mis en place divers mécanismes pour assouplir ce processus, que ce soit au niveau des ONG ou des centres communautaires. Néanmoins, certains nouveaux arrivants ont souvent du mal à s’installer. Qui dit installation dit: logement, école pour les enfants, carte santé, numéro d’assurance sociale et ouverture d’un compte bancaire.

En deuxième lieu, la reconnaissance des diplômes est susceptible d’être problématique, d’autant plus que cette étape est incontournable pour débuter la recherche d’emploi. Certains sont intimidés par la rédaction des CV à la canadienne. Ceci dit, des organismes facilitateurs ainsi que des entreprises privées offrent des services en ce sens.

Troisièmement, l’acquisition des compétences linguistiques  mobilise les efforts des nouveaux arrivants. En général, les mauriciens n’ont aucune difficulté avec la compréhension. Par contre, certains manquent de confiance en soi quand il s’agit de l’expression orale. Ce défi n’est pas insurmontable ; des cours d’Anglais sont offerts gratuitement aux immigrants par plusieurs organismes.

Parlez-nous des émissions radiophoniques de CHOQ-FM.

CHOQ-FM 105,1 s’érige comme un  carrefour pour les francophones  et les francophiles de par son  accessibilité territoriale et culturelle. Le contenu de la radio est accessible en onde dans la région du Grand Toronto qu’elle dessert principalement, attestant son accessibilité territoriale. Outre la fréquence FM, CHOQ diffuse également sur le web (www.choqfm.ca), sur application mobile (e.g.Tunein) et grâce à un signal numérique radio/ télévision (Rogers). Ces diverses modalités de diffusion en font une radio ancrée sur le territoire de la région de Toronto, mais accessible partout dans le monde.

En ce qui concerne l’accessibilité culturelle, elle s’explique par notre programmation réfléchie, diverse et participative, que ce soit au niveau du contenu musical ou du contenu non-musical. Ce dernier est tout aussi diversifié  avec des  émissions de direct, des émissions à thème,  des  chroniques sur une pléthore de sujets, des reportages sur les évènements francophones et des entrevues quotidiennes, entre autres. De plus, nous diffusons quotidiennement dans chaque émission de direct des  bulletins de nouvelles locales, grâce au travail de notre équipe éditoriale. Ces bulletins de nouvelles, vous conviendrez, constituent des vecteurs de création de liens directs avec notre public. Parmi les sujets intemporels et récurrents, nous retrouvons les défis d’intégration des immigrants francophones, les sujets touchant la francophonie, les opportunités de développement socio-économique, les droits fondamentaux entre autres.

La radio, ça sert à quoi ?

En tant que média, la radio remplit principalement trois fonctions: informer, éduquer et divertir. Bien entendu, la typologie varie selon la conception, le mandat, les objectifs poursuivis et les conditions de licence de chaque radio. Ainsi, l’écosystème radiophonique est souvent cosmopolite, étant constitué de radios privées et commerciales; de radios communautaires ou associatives; et de radios nationales, régionales ou internationales. Pour sa part, CHOQ FM 105,1 a pour mission de donner une voix et des outils à la francophonie du Grand Toronto pour promouvoir sa richesse culturelle et soutenir son  développement socio-économique.

Qu’en est-il des radios à Maurice ?

Vous connaissez sans doute ce dicton: Loin des yeux, près du coeur. Dans mon cas, on peut parler de l’ouïe car je suis toujours une fervente auditrice des radios mauriciennes. En procédant à la libéralisation des ondes à l’aube du millénaire, l’état a su mettre en place un cadre juridique propice à l’élargissement de l’espace démocratique. Les radios privées ont rapidement compris et assumé leur rôle de chien de garde des valeurs démocratiques. Au-delà de l’information en temps réel, de l’analyse des sujets chauds de l’actualité et de la diffusion de bonne musique, nos radios nourrissent un climat de transparence. Donc, l’ascension de la popularité des radios privées à l’Ile Maurice n’est point un hasard. Les éléments des radios ont aussi témoigné leur empathie en encourageant la participation en onde du grand public dans notre langue locale, le Créole mauricien. Il faut souligner que nos radios contribuent massivement à la préservation de notre patrimoine culturel. C’est d’ailleurs avec fierté que j’écoute à ce jour les vétérans du paysage radiophonique de notre pays.

Qu’est-ce qui a influencé votre choix de carrière ?

Mettre mon intelligence au service de la justice. Telle est ma vocation. J’ai donc fait des études de droit à l’Université de Maurice. Consciente que le marché du travail était quasi-saturé et sachant pertinemment que je n’avais aucune notoriété personnelle ou par procuration dans ce milieu, je décide de me donner une alternative de carrière qui saurait nourrir ma rage intellectuelle et ma passion des lettres : je choisis le journalisme. En cours de route, je réalise rapidement que mon destin est unique et que cette expérience journalière du terrain constitue le meilleur apprentissage que j’allais avoir. Aujourd’hui, juriste de formation et journaliste de passion, je confirme ce postulat.

 

 

Bio Express

A l’école Notre Dame de Lorette R.C.A à Port-Louis, Zaahirah Atchia est encouragée, par ses enseignants, à faire du théâtre. Ses talents sont tels qu’a 9 ans, elle est sacrée Meilleure Actrice à échelle nationale dans le cadre du English Drama Festival. « C’était que le début de mon cheminement dans le monde du théâtre. Depuis, j’ai figuré dans plusieurs pièces en différentes langues dont le Français et l’Ourdou » poursuit Zaahirah Atchia. Elle entamera ensuite des études secondaires au Queen Elizabeth College, où elle découvre sa passion pour les lettres. Elle enchaine ensuite avec des études de droit à l’Université de Maurice et en parallèle était pigiste au sein de plusieurs rédactions. Une aventure qu’elle prolongera, après l’obtention de sa licence en droit, avant d’occuper le poste de directrice des ressources humaines et des relations publiques à HBL. Elle métrera le cap sur Toronto pour poursuivre ses études en en juin 2015 elle rejoint CHOQ FM 105,1 la radio francophone de Toronto comme chargée commerciale. Sa mission d’alors : contribuer au redressement financier de la radio. Pleinement satisfaite de sa prestation, la direction de la radio la nomme à la direction des opérations en automne 2015, avant de passer à la direction générale par intérim en 2016. En juin 2016,  Zaahirah Atchia est sélectionnée au poste de directrice générale de CHOQ-FM.  

 

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