Trois ans après, où en est l’interopérabilité Mobile Money promise entre Orange et MTN?

(Agence Ecofin) – Solution inédite censée révolutionner l’inclusion financière en Afrique, le projet Mowali n’a toujours pas véritablement atteint ses objectifs. Il faut dire que depuis sa mise sur pied, il s’est heurté à plusieurs obstacles notamment les réglementations régionales sur les transactions financières. Bien que les choses semblent mal parties, Orange continue toutefois d’y croire.

Le 22 novembre 2018, les groupes télécoms MTN et Orange dévoilaient leur ambition de rendre interopérable leur service Mobile Money en Afrique. Ils avaient créé à cet effet une co-entreprise baptisée Mowali.

Lire aussi : 30/11/2018 – Un rêve africain à portée de main : l’interopérabilité continentale de tous les services financiers numériques

La plateforme devait regrouper initialement plus de 100 millions d’abonnés des deux sociétés télécoms sur 22 des 46 marchés de l’Afrique subsaharienne, avec l’ambition d’interconnecter à long terme les 153 services Mobile Money déployés à l’époque sur le continent. Soit 338 millions d’abonnés.

Mais trois ans après, le projet piétine. En Afrique de l’Ouest qui devait être sa terre d’expérimentation, il s’est heurté à l’ambition de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) de lancer son propre hub d’interconnexion pour les transactions financières intra-UEMOA, en gestation depuis 2017. Finalement mise sur pied en 2020, cette infrastructure de paiement permettant les échanges de compte à compte, quels que soient le type de compte (bancaire, non bancaire), a été confiée au Groupement interbancaire monétique de l’UEMOA (GIM-UEMOA) par la BCEAO.

Mowali avait répondu à l’appel d’offres lancé par la Banque pour sélectionner le gestionnaire de sa plateforme d’interopérabilité mais n’avait pas été présélectionné.

Adaptation

Malgré l’échec du projet Mowali dans sa conception originale, Orange et MTN n’ont pas renoncé à leur idéal de paiements mobiles entre différents opérateurs télécoms présents en Afrique. Les deux sociétés télécoms ont ainsi réorienté leur vision et investi le segment des transferts internationaux entre différentes zones monétaires.

Au départ, cette réorientation n’avait pas reçu une appréciation favorable de la BCEAO. Elle avait d’ailleurs saisi Orange pour lui signifier le caractère illégal de ses services de réception de fonds en provenance de la France sur les comptes de monnaie électronique. Orange s’était alors engagé à respecter l’exigence de l’exécution des services par un intermédiaire agréé, en application des dispositions des articles 2 et 15 du Règlement n°09 relatif aux relations financières extérieures des Etats membres de l’UEMOA pour continuer à opérer selon cette formule. « Orange Money pour commencer a ouvert sur quatre pays, le Mali, la Côte-d’Ivoire, la Guinée et Madagascar. L’argent envoyé étant disponible immédiatement en Afrique. Le service a très bien été accueilli par les diasporas en France. En 2020, Orange Money a multiplié le nombre de transfert par quatre. Sur les 12 derniers mois, nous avons ouvert 8 nouvelles destinations de transfert d’argent depuis la France vers le Burkina Faso, le Sénégal, le Maroc, l’Inde, le Vietnam, le Ghana, le Congo et dernièrement la République démocratique du Congo », a expliqué Orange.

Futur prometteur ?

Au-delà de la difficulté de Mowali à rendre les services de paiements interopérables entre différents opérateurs télécoms en Afrique, la co-entreprise s’est aussi heurtée aux exigences réglementaires relatives à l’envoi et à la réception d’argent entre filiales d’une même entreprise. « La mise en place d’une véritable interopérabilité même entre nos filiales est soumise à l’approbation des régulateurs », a affirmé Orange. Des approbations qui tardent à venir.

« La mise en place d’une véritable interopérabilité même entre nos filiales est soumise à l’approbation des régulateurs », a affirmé Orange. Des approbations qui tardent à venir.

Mais bien que tout semble contrarier la concrétisation du projet Mowali dans sa conception première, le groupe Orange se dit déterminé à poursuivre ses efforts pour faire de l’interopérabilité des services Mobile Money une réalité.

Orange et MTN n’ont pas renoncé à leur interopérabilité.

Il n’est pas exclu que les choses finissent par bouger au fil du temps, dans le sens voulu par l’entreprise télécoms et sa partenaire MTN au regard de la valeur gagnée par le Mobile Money depuis 2018 et son importance dans l’inclusion financière sur le continent, démontrée durant la crise de Covid-19. Dans son rapport « State of the Industry Report on Mobile Money 2021 », l’Association mondiale des opérateurs de téléphonie (GSMA) révèle que l’Afrique est demeurée leader du Mobile Money en 2020. Le segment a encore enregistré de la croissance. Le nombre de comptes a augmenté de 12%, passant de 469 millions en 2019 à 548 millions de comptes en 2020. Le volume de transactions financières a crû de 15%, passant de 23,8 milliards à 27,4 milliards. La valeur financière des transactions a aussi progressé, de 23%, passant de 456,3 milliards USD à 490 milliards USD en 2020. L’Afrique subsaharienne a abrité 45,67% des comptes Mobile Money enregistrés dans le monde et généré 63,89% de la valeur de ces transactions financières mondiale qui s’élevait à 767 milliards USD.

L’Afrique subsaharienne a abrité 45,67% des comptes Mobile Money enregistrés dans le monde et généré 63,89% de la valeur de ces transactions financières mondiale qui s’élevait à 767 milliards USD.

Mats Granryd, le directeur général de GSMA, explique que « lorsque la pandémie de Covid-19 s’est installée au début de 2020, il est rapidement devenu évident que la technologie mobile et l’argent mobile en particulier, auraient un rôle démesuré à jouer pour garder les gens connectés, fournir un soutien financier vital et fournir des moyens sûrs et sans contact pour payer, pour la nourriture, l’électricité et d’autres produits de première nécessité. Avec plus de 2 milliards USD de transactions chaque jour, l’argent mobile est devenu une nouvelle routine quotidienne pour des millions de personnes dans le monde ».

Soutiens

Durant la crise de Covid-19, de nombreux gouvernements africains à l’instar du Kenya, du Ghana, du Rwanda, du Cameroun ou encore du Gabon, ont incité leurs populations à adopter le paiement mobile pour freiner la propagation du virus durant les échanges physiques. La pandémie a démontré à nouveau l’urgence d’une interopérabilité des services financiers sur mobile, déjà mise en œuvre dans plusieurs pays d’Afrique de l’Est, qui profiterait grandement à la croissance économique du continent où le taux de bancarisation demeure faible mais où le Mobile Money laisse entrevoir de belles opportunités pour des segments en plein essor comme l’e-commerce.

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2 milliards USD de transactions chaque jour.

Le soutien appuyé que reçoit le Mobile Money de la part de diverses organisations internationales telles que la Fondation Bill et Melinda Gates, le Fonds de développement du secteur financier, la Banque mondiale, l’Alliance pour l’inclusion financière (AFI) pourrait bien contraindre les institutions financières régionales à reconsidérer sérieusement les initiatives telles que Mowali.

Muriel Edjo

muriel edjo

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by : Muriel EDJO

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